Journal, Voyages

Lost the wanderlust

J’ai beaucoup voyagé au fil du temps et j’ai mis les pieds au moins une fois sur tous les continents (sauf l’Antarctique): Etats-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande, Maroc, Nicaragua, Thaïlande, Bali, Seychelles, Espagne, Allemagne, Italie, Mongolie, Arménie…

Quand je dis « voyages », bien sûr, c’est pour ne pas dire « tourisme » et pourtant c’est bien ce dont il s’agit. J’ai été très middle class dans mon approche. Plus je « faisais » de pays, plus j’étais satisfaite. J’ai commencé à voyager avant d’avoir un appareil photo numérique et les smartphones n’existaient pas et les réseaux sociaux non plus. Depuis que nous partageons toute notre vie en ligne, j’ai l’impression que c’est la course à l’échalote, à qui partira le plus loin, le plus souvent, dans la destination la plus incroyable… à croire qu’il faut cocher des cases pour montrer qu’on a réussi sa vie. C’est comme de se marier et de faire un enfant avant 30 ans, ou d’acheter le pavillon en banlieue, avec le monospace et le labrador. Si tu ne « voyages » pas, tu as raté ta vie. C’est du moins ce que je ressens quand je vois ce déluge de photos sur mes réseaux sociaux.

Peut-être que mes amis Facebook, que j’ai souvent rencontrés en vacances à l’étranger, voyagent davantage que la moyenne des gens, et j’ai fini par faire du tri dans mes notifications car j’en avais un peu marre du trop-plein de sollicitations silencieuses. Même si je découvre des destinations auxquelles je n’aurais pas pensé, je me sens parfois submergée par toutes les injonctions que je reçois. Pourquoi pas Budapest? Pourquoi pas Lisbonne ou Porto?

Je ne souhaite pas rentrer dans cette course à la « performance ». Quand on voyage, on n’a jamais la même expérience qu’un local. J’ai très clairement vu la différence entre un weekend à Dublin et vivre à Dublin. Et vivre à l’étranger est une expérience nettement plus formatrice que de trimbaler pendant 2 jours son bagage cabine stratégiquement conçu pour profiter au maximum de son court séjour.

Photo de rawpixel.com sur Pexels.com

Ayant vécu plusieurs fois en dehors de mon pays d’origine, surtout ces deux dernières années, je ressens nettement moins le besoin de parcourir le vaste monde. Mon travail a aussi comporté beaucoup de déplacements et honnêtement, la vue d’un avion ou d’un aéroport ne soulève plus le même enthousiasme chez moi. Clairement, les déplacements éclair où on se lève à 4 heures du matin pour choper le premier vol et où on rentre chez soi par le dernier vol le même jour ou le lendemain, cela ne me fait pas rêver. Entre les contrôles de sécurité et la clim, la nourriture très chère et sans goût, je me demande souvent pourquoi je m’inflige çà. Surtout quand c’est pour le travail. Pour les vacances, encore, j’arrive à me motiver.

Photo de Nubia Navarro (nubikini) sur Pexels.com

Je questionne beaucoup mes habitudes de vacances: ai-je besoin de partir si loin pour faire un break? Clairement pas. Mon instagram a beaucoup de hashtag #touristathome car cela reflète mes habitudes d’aujourd’hui. Je préfère découvrir des lieux pas loin de chez moi, où je me peux me ressourcer, m’étonner, et y revenir si çà me plaît! Pas besoin de sa farcir un trajet jusqu’à l’aéroport pour profiter de la vie.

Evidemment, le coût écologique de voyager en avion rajoute à ma lassitude. Non seulement je n’apprécie plus trop le trajet en lui-même et toutes ces heures perdues à attendre (et encore, je rédige ce post depuis la salle d’embarquement de l’aéroport de Dublin), et en plus, une fois à destination, je trouve que toutes les destinations finissent par se ressembler. On a généralement tellement peu de temps sur place qu’on fait les attractions touristiques majeures, pour « rentabiliser » son déplacement. On fait quelques photos pour Facebook, on essaye de faire une expérience locale, et paf, retour à l’aéroport.

Peut-être que certains ne me comprendront pas. J’ai eu beaucoup de chance de voir toutes ces villes, tous ces pays, mais aujourd’hui, je suis blasée. Je ne ressens plus le même plaisir à voyager. Revoir les photos de mes voyages me laisse de marbre. Je n’achète plus de souvenirs de voyage depuis longtemps, car j’ai réalisé que ces grigris ne faisaient que m’encombrer. Et bien les photos sur l’ordi aussi m’encombrent. Les stocker, les étiqueter, les sauvegarder. Cette peur de les perdre… Comment prouver que j’ai bien voyagé pour épater la galerie si je n’ai pas ces fichues photos!

Du coup, ces temps-ci, je me fous la paix. Quand je suis en déplacement, je fais encore des photos, je poste les plus sympas sur Facebook, je les laisse en ligne un mois pour que mes amis puissent réagir (certains les apprécient, les autres ne sont pas obligés de regarder ou de commenter) et après je restreins leur accès à moi-même. Comme çà, c’est facile de retrouver mes meilleurs moments. Je ne fais plus le tri total des photos sur mon téléphone portable. çà prend un temps fou pour un effort à long terme qui n’est pas rentable.

Je n’ai rien à prouver à qui que ce soit, donc je fais ce que je veux sur mes réseaux sociaux. Si je trouve que cela vaut la peine de partager, je partage, sinon je garde mon contenu pour moi.

Au final, pourquoi voyager? Pourquoi s’extraire de son quotidien? Pourquoi avoir besoin de partager ses voyages? On emporte ses tracas avec soi, qu’on soit à Brest ou à Brisbane. On ne résout aucun de ses problèmes en partant en vacances, on ne fait que suspendre le temps.

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